Lorsqu’on me demande ce que je peins, je réponds que je peins les dieux. Le concept est si intimidant qu’en général on me demande rarement d’autres explications, ce qui me laisse libre d’aborder mes peintures de façon plus intuitive. Cependant, les personnages que je peins sont ancrés dans des métaphores bien spécifiques et une brève explication devrait permettre de mieux comprendre ma réponse.
Mon évolution artistique a débuté par le dessin du corps humain. Je le commençais toujours au point de rencontre entre les jambes et le torse. Cela dégageait ainsi un axe, un point d’appui me permettant de représenter le corps avec une forme d'équilibre. Le corps pouvait ainsi se tordre ou pivoter autour de cet axe sans jamais perdre son centre. Par la suite, j’ai carrément exagéré cette partie du corps et plus particulièrement l’espace situé entre les jambes, pour finalement lui donner une forme végétale, telle une plante sortie de terre qui infiltrerait le corps et le connecterait en retour à la terre. Bientôt des racines et des feuilles ont commencé à pousser de ces corps, reflétant par là même leur origine organique. Cette simple image d’une plante qui poussait entre les jambes d’un individu et fleurissait dans son torse exprime la parenté métaphorique entre l’être humain et la terre. Pendant de nombreuses années, cette approche a été la base de mon travail artistique. Puis petit à petit, les références spécifiques aux plantes se sont estompées et les corps, qui étaient désormais devenus des silhouettes pures, sont apparus de telle sorte qu’ils donnaient l’impression d’avoir absorbé la terre dans leurs entrailles. Le corps humain était ainsi devenu un microcosme de la terre elle-même.
Toutefois, ceci ne représentait que la moitié de la métaphore. Depuis de nombreuses années, j’avais pris l’habitude de découper des silhouettes dans du papier et de remplacer ensuite cet espace par d’autres papiers, comme dans les collages, ou bien de les utiliser comme pochoirs dans mes peintures. Ces méthodes créaient des silhouettes par défaut dans le papier ou la peinture. L’absence de matière à l’intérieur du corps a laissé place à une ombre métaphorique, permettant ainsi de voir le corps comme un esprit. C’est l’esprit qui anime le corps et nous différencie de la terre dont nous sommes issus, ne serait-ce que pour un court instant. Chaque corps est la manifestation de l’esprit ; chaque corps est un dieu. En même temps, les silhouettes existent uniquement dans le contexte de la terre, de la peinture. C’est la peinture qui définit le monde physique entourant le corps et relie l’esprit à sa propre ombre, à sa nature physique et à la terre. C’est dans cet univers matériel que doit vivre l’être humain. L’esprit est transitoire et éphémère et dans cette brève existence naissent la souffrance, la joie, la faim l’amour et toutes les caractéristiques de l’humanité.
Dans mon travail, la représentation de l’être humain est le point de rencontre du corps et de l’esprit ; la terre est le terrain de jeux de l’esprit et le corps est la terre animée par l’esprit. Je peins les dieux, la terre ainsi que les personnes qui existent entre ces deux dimensions. Les dieux, la terre et les gens ne font qu’un.
Frank Eric Zeidler
Mon évolution artistique a débuté par le dessin du corps humain. Je le commençais toujours au point de rencontre entre les jambes et le torse. Cela dégageait ainsi un axe, un point d’appui me permettant de représenter le corps avec une forme d'équilibre. Le corps pouvait ainsi se tordre ou pivoter autour de cet axe sans jamais perdre son centre. Par la suite, j’ai carrément exagéré cette partie du corps et plus particulièrement l’espace situé entre les jambes, pour finalement lui donner une forme végétale, telle une plante sortie de terre qui infiltrerait le corps et le connecterait en retour à la terre. Bientôt des racines et des feuilles ont commencé à pousser de ces corps, reflétant par là même leur origine organique. Cette simple image d’une plante qui poussait entre les jambes d’un individu et fleurissait dans son torse exprime la parenté métaphorique entre l’être humain et la terre. Pendant de nombreuses années, cette approche a été la base de mon travail artistique. Puis petit à petit, les références spécifiques aux plantes se sont estompées et les corps, qui étaient désormais devenus des silhouettes pures, sont apparus de telle sorte qu’ils donnaient l’impression d’avoir absorbé la terre dans leurs entrailles. Le corps humain était ainsi devenu un microcosme de la terre elle-même.
Toutefois, ceci ne représentait que la moitié de la métaphore. Depuis de nombreuses années, j’avais pris l’habitude de découper des silhouettes dans du papier et de remplacer ensuite cet espace par d’autres papiers, comme dans les collages, ou bien de les utiliser comme pochoirs dans mes peintures. Ces méthodes créaient des silhouettes par défaut dans le papier ou la peinture. L’absence de matière à l’intérieur du corps a laissé place à une ombre métaphorique, permettant ainsi de voir le corps comme un esprit. C’est l’esprit qui anime le corps et nous différencie de la terre dont nous sommes issus, ne serait-ce que pour un court instant. Chaque corps est la manifestation de l’esprit ; chaque corps est un dieu. En même temps, les silhouettes existent uniquement dans le contexte de la terre, de la peinture. C’est la peinture qui définit le monde physique entourant le corps et relie l’esprit à sa propre ombre, à sa nature physique et à la terre. C’est dans cet univers matériel que doit vivre l’être humain. L’esprit est transitoire et éphémère et dans cette brève existence naissent la souffrance, la joie, la faim l’amour et toutes les caractéristiques de l’humanité.
Dans mon travail, la représentation de l’être humain est le point de rencontre du corps et de l’esprit ; la terre est le terrain de jeux de l’esprit et le corps est la terre animée par l’esprit. Je peins les dieux, la terre ainsi que les personnes qui existent entre ces deux dimensions. Les dieux, la terre et les gens ne font qu’un.
Frank Eric Zeidler
